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Le CNRS a lancé dernièrement une méthode de datation des bouteilles de vin en les soumettant à un faisceau d'ions. Une méthode parmi d'autres pour contrecarrer les plans des fraudeurs.
Comme les œuvres d'art, le vin est aussi une affaire de faussaire. Face à cette criminalité, les professionnels ont développé une armada de moyens technologiques. Dernière innovation en date : la datation des bouteilles de vin grâce aux ions. Les bouteilles sont placées dans un accélérateur de particules qui produit des ions de haute énergie, lesquels entrent de quelques dixièmes de millimètres dans le verre de la bouteille. «Cela évite de l'ouvrir, explique Hervé Guégan, chercheur au Centre d'études nucléaires de Bordeaux Gradignan, rattaché au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Au contact de la bouteille, les atomes produisent des rayons X, il suffit alors de comparer les résultats avec une base de données que nous avons constitué sur différentes bouteilles dont nous sommes sûrs.» La fabrication du verre ayant évolué avec le temps, il est ensuite possible de comparer la «signature» unique de ces bouteilles. Une innovation qui permet «de vérifier aussi bien l'ancienneté des bouteilles que leur provenance et donc d'authentifier le cru», précise le Centre d'études nucléaires.
Une méthode au demeurant inefficace si les fraudeurs possèdent des échantillons de bouteilles originaux. «Il arrive que sur Ebay des vendeurs proposent à des prix élevés des bouteilles de grands crus vides avec les bouchons, les étiquettes et les capsules correspondants. Un acheteur mal intentionné n'a plus qu'à les remplir d'un autre vin», explique Damien Gateau, sommelier à Lyon. Mais là encore, les viticulteurs prennent de plus en plus leur précaution.
«Pour nos vins les plus luxueux, nous possédons désormais un moule de bouteille original, explique Philippe Guigal, œnologue au domaine Guigal dans le Rhône. Cela est autrement plus difficile à contrefaire qu'une étiquette ou un bouchon.» Ce moule, conservé par le verrier, coûterait en effet cher à contrefaire par les escrocs. Son prix : 350 000 euros.
Les grands châteaux font également en sorte de pouvoir suivre les bouteilles vendues. Ainsi, les étiquettes peuvent être numérotées ou encore posséder un logo en filigrane. Un œil averti pourra ainsi reconnaître un vrai d'un faux. Seul problème, «ce système est encore assez nouveau, et tous les viticulteurs ne l'emploient pas encore», explique-t-on au Conseil interprofessionnel des vins de Champagne (CICV). Une région régulièrement victime de contrefaçon à base de mousseux… «Nous avons des méthodes d'identification des vins mousseux, mais si je vous le dis, elles risquent d'être moins efficaces», explique un responsable du CICV. L'identification se fait aussi grâce à des méthodes innovantes comme celle des spectromètres à résonance magnétique nucléaire, capables par exemple d'établir la provenance géographique d'un vin.
Un autre procédé étonnant est celle de la datation du vin grâce au nucléaire absorbé par les vignes. Car le vin a une très bonne mémoire. Et les essais nucléaires menés par l'homme dans les années 50 l'ont imprégné. Ainsi, le Césium 137, un élément radioactif créé artificiellement lors d'essais nucléaires ou de l'accident de la centrale de Tchernobyl, a laissé des traces indélébiles. Le Césium 137 est donc un élément précieux pour dater le vin. «Il a été dispersé dans l'atmosphère. Ces retombées varient en fonction des années, ce qui permet d'authentifier le vin, explique Hervé Guégan.» En 1986, un pic de Césium 137 a d'ailleurs été enregistré… Que les amateurs de vin se rassurent la proportion de Césium contenue dans le vin est minime et sans danger pour l'homme, assurent les scientifiques. Mais cette technique a elle aussi ses limites : elle ne permet pas de remonter avant les premiers essais nucléaires dans les années 50.
Une autre méthode utilisée par la Répression des fraudes permet de mettre en évidence la chaptalisation du vin (ajout de sucre) ou encore l'origine géographique d'un vin. Le spectromètre à résonance nucléaire analyse dans un cas le carbone et l'hydrogène contenus dans le vin. «Cela permet de savoir si le taux de sucre provient du raisin ou s'il a été ajouté, explique-t-on au laboratoire des Douanes à Paris. Pour connaître l'origine géographique, on se base sur un isotope : l'oxygène 18. En fonction des conditions climatiques, l'eau contenue dans le vin permet de connaître sa région d'origine.»
Enfin, une méthode originale qui pourrait à terme mettre les œnologues au chômage : la langue électronique. L'institut de microélectronique de Barcelone a en effet mis au point un détecteur capable de détecter quatre cépages différents : le chardonnay, le malvoisie, l'airén et le macabeu. Cette «langue» est également capable de reconnaître les millésimes 2005 et 2007. Pratique, cette «langue» transportable pourra assurer la dégustation des vins en tous lieux mais surtout de traquer les vins contrefaits. Elle est en effet capable de repérer l'ajout de 20% d'un autre cépage dans une bouteille, une falsification indétectable pour l'homme.
Le célèbre critique de vin américain, Robert Parker, a exprimé ses réserves déclarant «difficile de croire que n'importe quel ordinateur puisse interpréter les nuances de l'odorat et le goût aussi bien que les glandes olfactives de l'homme».
Source : Le Figaro